Le Syndicat National Professionnel des Maîtres-Nageurs Sauveteurs (SNPMNS) a transmis au Ministère des Sports ses observations relatives au projet d’arrêté portant création du nouveau BPJEPS spécialité « Éducateur sportif », mention « Natation et Activités Aquatiques » (BPJEPS NAA).
Cette réforme constitue une étape importante pour l’avenir de la profession puisqu’elle concerne directement le diplôme permettant d’accéder au titre de Maître-Nageur Sauveteur. À ce titre, le SNPMNS a participé aux différentes réunions de concertation organisées dans le cadre de son élaboration et continue d’apporter sa contribution afin de garantir la qualité, la sécurité et la cohérence du futur dispositif de formation.
Une réforme nécessaire, mais qui doit être sécurisée
Le SNPMNS ne remet nullement en cause la création de cette nouvelle mention du BPJEPS. Nous partageons l’objectif de modernisation des formations et la volonté d’adapter les parcours professionnels aux évolutions du secteur des activités aquatiques.
Toutefois, à la lecture de la version actuelle du projet d’arrêté, plusieurs dispositions nous apparaissent insuffisamment sécurisées sur les plans juridique, pédagogique et professionnel.
Notre démarche est simple : garantir que le futur diplôme conserve toute sa valeur, son niveau d’exigence et sa légitimité tout en préservant l’intérêt général et la sécurité des usagers.
Préserver le rôle décisionnel de l’État
L’un des principaux points d’attention concerne les modalités d’habilitation des organismes de formation.
Le projet prévoit qu’un avis du Directeur Technique National de la Fédération Française de Natation soit requis dans le cadre de la procédure d’habilitation des organismes souhaitant préparer au BPJEPS NAA.
Le SNPMNS comprend parfaitement le rôle d’expertise que peuvent jouer les fédérations sportives dans l’organisation des formations. Toutefois, nous considérons qu’il est indispensable que le texte rappelle clairement que cet avis demeure consultatif et qu’il ne saurait remettre en cause la compétence décisionnelle de l’État.
L’habilitation d’un organisme de formation doit reposer sur des critères objectifs, transparents et identiques pour tous. Aucune ambiguïté ne doit permettre l’apparition de situations pouvant être interprétées comme une restriction d’accès ou une inégalité de traitement entre les différents acteurs de la formation professionnelle.
Dans un contexte de pénurie chronique de maîtres-nageurs sauveteurs, il est essentiel de favoriser le développement de l’offre de formation tout en maintenant un haut niveau d’exigence.
Garantir la neutralité du diplôme d’État
Le SNPMNS s’interroge également sur la place importante accordée à certains référentiels et certifications fédérales dans les annexes du projet d’arrêté.
Le BPJEPS NAA est un diplôme d’État. À ce titre, les compétences exigées des candidats doivent être définies selon des critères nationaux, objectifs et indépendants de toute appartenance à une structure particulière.
Notre organisation estime que les prérequis, les dispenses et les références techniques doivent être formulés de manière neutre afin de garantir une égalité d’accès à l’ensemble des candidats, quels que soient leurs parcours de formation ou leurs expériences professionnelles antérieures.
L’objectif n’est pas d’exclure les références fédérales existantes, mais de veiller à ce qu’elles ne deviennent pas le seul vecteur de reconnaissance des compétences dans le cadre d’un diplôme relevant de l’État.
Maintenir l’exigence professionnelle attachée au titre de MNS
Le futur diplômé du BPJEPS NAA exercera des missions qui touchent directement à la sécurité des pratiquants, à la prévention des noyades, à l’enseignement de la natation et au sauvetage aquatique.
Dans ce contexte, le SNPMNS considère que les exigences applicables aux coordonnateurs pédagogiques, aux tuteurs, aux formateurs et aux évaluateurs doivent être particulièrement rigoureuses lorsqu’ils interviennent sur les compétences liées à la sécurité et au sauvetage.
Les professionnels chargés d’évaluer les compétences relevant du secours, de la surveillance et de l’intervention doivent eux-mêmes disposer des qualifications et des mises à jour réglementaires nécessaires à l’exercice du métier de Maître-Nageur Sauveteur.
La sécurité des usagers exige que les compétences les plus sensibles soient transmises et évaluées par des professionnels possédant une expertise reconnue dans ce domaine.
Clarifier les exigences techniques et les modalités d’évaluation
Le SNPMNS a également identifié plusieurs incohérences ou imprécisions dans la rédaction actuelle du projet.
Certaines annexes présentent notamment des divergences concernant les disciplines retenues dans les tests techniques. D’autres dispositions relatives aux épreuves physiques, aux conditions d’évaluation ou aux mises en situation professionnelles mériteraient des précisions complémentaires afin d’éviter toute interprétation divergente selon les territoires ou les organismes de formation.
Nous attirons également l’attention sur l’épreuve de sauvetage du bloc de compétences consacré à la sécurité. Cette épreuve constitue l’un des fondements du métier de Maître-Nageur Sauveteur et doit faire l’objet d’un cadrage national suffisamment précis pour garantir à la fois l’équité entre les candidats et la sécurité des personnes impliquées dans les évaluations.
Réussir la transition vers le nouveau diplôme
Le calendrier de mise en œuvre proposé par le projet d’arrêté apparaît particulièrement contraint pour les organismes de formation, les candidats et les administrations chargées de l’habilitation.
Le SNPMNS demande que les dispositions transitoires soient renforcées afin de sécuriser les parcours des stagiaires déjà engagés dans une formation, les candidats en validation des acquis de l’expérience (VAE) ainsi que les organismes actuellement habilités.
Une réforme de cette ampleur doit être accompagnée de mesures nationales garantissant une application homogène sur l’ensemble du territoire.
Une vigilance au service de l’intérêt général
Les observations formulées par le SNPMNS s’inscrivent dans une démarche constructive et responsable.
Notre objectif n’est pas de freiner l’évolution des formations mais de garantir que le futur BPJEPS NAA réponde pleinement aux exigences du métier de Maître-Nageur Sauveteur.
Face à la persistance de la pénurie de professionnels qualifiés, à l’augmentation des besoins en apprentissage de la natation et aux enjeux de prévention des noyades, il est indispensable que la réforme permette à la fois de former davantage de professionnels et de maintenir un haut niveau de compétence.
Le SNPMNS restera pleinement mobilisé auprès des pouvoirs publics pour défendre une formation exigeante, impartiale et adaptée aux réalités du terrain.
Parce que derrière chaque diplôme se trouvent des professionnels responsables de la sécurité des usagers, nous continuerons à porter la voix des maîtres-nageurs sauveteurs dans l’intérêt de la profession et du public.
